La Yamaska, c’est notre histoire! - L’épopée tumultueuse du lac Boivin

La Yamaska, c’est notre histoire!
L’épopée tumultueuse du lac Boivin
Granby, 17 janvier 2011 – La municipalité de Granby et son principal plan d’eau, le lac Boivin, partagent une histoire pleine de rebondissements. De source d’énergie essentielle au développement d’un petit hameau, le lac deviendra source d’eau potable. Sa contamination soulèvera également beaucoup d'inquiétude avant que le plan d’eau ne redevienne progressivement une occasion de récréation et de loisir pour les habitants de la région. 

 

L’histoire du lac Boivin débute au milieu du 19e siècle alors que des industriels américains construisent des barrages sur la rivière Yamaska Nord afin d’alimenter des moulins et une tannerie. Ces installations haussent le niveau de l’eau ce qui crée le lac Boivin (appelé lac Granby à l’époque).

 

Au tournant du 20e siècle, le potentiel hydraulique de la Yamaska Nord incitent plusieurs usines et manufactures à s'installer à Granby (Photo : Société d'histoire de la Haute-Yamaska - SHHY)

 

L’hydroélectricité arrive en 1889 et on remplace les lampes à l’huile dans les rues. Pendant ce temps, Granby continue d’attirer les manufactures près de la rivière, ce qui favorise sa transformation progressive en dépotoir pour déchets industriels.

À cette pollution industrielle s’ajoutera celle provenant des égouts municipaux complétés en 1899 alors que Granby compte environ 3500 habitants. À partir de ce moment, toutes les eaux usées sont déversées directement dans la rivière. Cette forme de pollution de la Yamaska croit avec la population jusqu’à 1985 avec l’installation de l’usine d’épuration.

À cette époque, on ne boit plus l’eau du lac Boivin. Par crainte de maladies infectieuses comme la typhoïde, on a construit une amenée d’eau de plusieurs kilomètres afin d’approvisionner la ville depuis un lac situé sur le mont Shefford. Ceci n’empêchera pas toutefois plusieurs familles de compléter leur menu avec les poissons de la rivière alors que la 1re Guerre mondiale a fait grimper le coût des denrées.

Dans les années 20, le niveau du lac Boivin est maintenu bas afin de prévenir l'inondation des terres agricoles environnantes (Photo : SHHY)

Les inquiétudes entourant la qualité de l’eau ne datent donc pas d’hier. C’est également le cas des conflits d’usages. Au début des années 1920, un litige s’installe entre industries et agriculteurs situés en amont du lac. Ces derniers voient leurs terres fréquemment inondées et obtiennent finalement la baisse du niveau. La navigation et la pêche s’en trouvèrent ruinées pour une vingtaine d’années.

Le lac et la rivière ne sont pas au bout de leur peine. Dans les années 1930, alors que la population franchit le cap des 10,000 habitants, l’arrivée de plusieurs industries textiles ajoute une impressionnante quantité de produits chimiques aux rejets organiques et industriels déjà abondants. Parallèlement, les citoyens recommencent à s’abreuver dans la rivière, car le lac du mont Shefford ne suffit plus à la population croissante.

Redonner le lac aux citoyens
À son arrivée en 1939, le maire Horace Boivin se fixe comme objectif de redonner le lac Granby aux citoyens de la ville. Nostalgique des activités de pêche et de navigation de son enfance, il cherche à les rétablir. Le synchronisme est parfait, car le développement accéléré de la ville pendant la Deuxième Guerre mondiale fait craindre une pénurie d’eau. Le niveau de l’eau est donc rehaussé en 1945 à des fins récréatives, mais également sanitaires. Ce ne sera toutefois qu’avec la construction d’un nouveau barrage (Choinière) en 1975 qu’on peut enfin garantir l’approvisionnement en eau potable de Granby et mieux contrôler son goût et son odeur.

Malgré cette première prise de conscience, la situation reste problématique et en 1960, on évalue la pollution du lac et de la rivière comme équivalente à celles d’une agglomération de 100,000 habitants alors que la municipalité n’en compte que 32,000.

En 1971, un rapport expose les causes de pollution et on considère que la Yamaska est 40 fois plus polluée que le fleuve St-Laurent autour de Montréal. En 1978, un programme provincial d’assainissement permet des travaux qui mènent à la construction de la station d’épuration. De plus, la règlementation oblige désormais plusieurs industries à traiter leurs eaux avant de les rejeter à la rivière.

Depuis 40 ans donc, la prise de conscience amenée par la pollution a amorcé un mouvement citoyen de réappropriation du milieu à des fins de conservation, d’éducation, et de loisirs. Il s’agit d’un retour, car au tournant du 19e, les patineurs se rassemblent tous les soirs d’hiver et plus particulièrement les soirs de pleines lunes. L’été, la navigation de plaisance et la pêche ont plusieurs adeptes.

En se basant sur les études du Club Natural, un regroupement de jeunes naturalistes, la municipalité reconnaît le potentiel écologique du territoire. Les études avaient été résumées par une citoyenne, Francine Beaudoin-Pelletier. Celle-ci fit publier une lettre dans la Voix de l’Est en 1975 dans laquelle elle livra un message écologique moderne dont les thèmes deviendront partie intégrante du discours environnemental des prochaines décennies. C’est grâce aux travaux de ces citoyens que la municipalité pourra jeter les fondements du Centre d’interprétation du lac Boivin (CINLB), établi en 1980.

Le lac Boivin a été reconnu comme une zone importante pour la conservation des oiseaux (ZICO) (Photo : Thérèse Fournier)

 

Le lac Boivin aujourd’hui
Loin des jours où l’on craignait que le lac Boivin soit un vecteur de maladies infectieuses, on y rencontre encore un certain nombre de problématiques. La prolifération des plantes aquatiques est sans doute la plus connue, mais la municipalité et ses citoyens ont récemment redoublé d’efforts afin d’améliorer les qualités esthétiques et récréatives de leur plan d’eau. Un article paru l’automne dernier décrit une partie des actions entreprises, actions qui se poursuivent cette année encore.

Le lac Boivin aujourd'hui (Photo : auteur inconnu)

 

Les textes de cet article sont tirés du livre « Granby, patrimoine et histoire » publié par la Société d’histoire de la Haute-Yamaska (2009).